Uvira : Face à la sécheresse, les agriculteurs de la plaine de la Ruzizi réclament des infrastructures pour sauver leurs récoltes

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Par La Rédaction 

Dans l’est de la RDC, le manque criant d’infrastructures d’irrigation plonge les agriculteurs d’Uvira dans une impasse. Face à des saisons de plus en plus imprévisibles et à des sécheresses récurrentes, les producteurs du Sud-Kivu développent des stratégies de survie, mais réclament des investissements durables pour sécuriser la production et les revenus des ménages.

Le manque criant d’eau se traduit par une diminution des ressources souterraines, un ralentissement de la croissance des plantes et, in fine, une chute dramatique des rendements.

« En l’absence d’eau et d’humidité suffisante dans le sol, les plantes souffrent, leur croissance ralentit et elles peuvent même se flétrir », alerte David Kashindi, agriculteur local. Cette baisse de production est aggravée par des perturbations saisonnières qui bouleversent le calendrier agricole traditionnel. Pour les ménages, les conséquences sont directes : rareté des denrées sur les marchés, hausse des prix et insécurité alimentaire accrue, rapporte de Kivu Times

Un accès à l’eau difficile et coûteux

La crise n’est pas seulement climatique, elle est aussi structurelle. L’accès à l’eau est devenu un véritable parcours du combattant. Les points d’approvisionnement sont souvent éloignés des champs, et leur exploitation nécessite des moyens financiers importants, inaccessibles pour la majorité des producteurs.

« Certains doivent acheter de l’eau ou financer des systèmes de canalisation », constatent les acteurs du secteur. À ces difficultés s’ajoutent des problèmes d’insécurité humaine et environnementale qui compliquent davantage les activités agricoles. L’histoire récente de la région rappelle que la rareté de l’eau a déjà eu des conséquences dramatiques sur la paix sociale.

À Luberizi, le canal d’irrigation du barrage de Tenge-Tenge, détruit en 1972, avait plongé la région dans la misère. Sa réhabilitation en 2015 par la MONUSCO avait alors redonné espoir, permettant à d’anciens combattants de déposer les armes pour retourner à la terre . 

« Grâce à cette réhabilitation, nos enfants vont pouvoir retourner à l’école qu’ils avaient abandonnée, faute de moyens ; nous allons reprendre le commerce », s’était réjoui un agriculteur à l’époque. Cet exemple illustre le rôle crucial de l’irrigation pour la stabilité et la prospérité locales.

Des solutions manuelles face à l’urgence

En attendant des solutions durables, les agriculteurs rivalisent d’ingéniosité pour sauver leurs cultures.

« L’irrigation constitue aujourd’hui l’une des méthodes les plus efficaces pour maintenir la production pendant la saison sèche », affirme Feza Lucie, membre de l’association APBD. Son organisation exploite plus de 10 000 bananiers dans la plaine de la Ruzizi, mais l’arrosage manuel à l’aide d’arrosoirs reste une tâche « longue et contraignante ». Faute de pompes, de réservoirs ou de machines adaptées, ce sont des heures de labeur qui sont nécessaires pour un résultat souvent insuffisant. D’autres producteurs utilisent la technique des fosses de rétention d’eau, creusant des trous pour stocker l’eau et alimenter progressivement les cultures. Cependant, le manque de ressources financières empêche la majorité d’entre eux d’adopter cette méthode.

Vers un appel à un « barrage moderne »

Face à l’impasse, les agriculteurs et les experts s’accordent sur la nécessité d’investissements massifs dans les infrastructures hydrauliques. Pour Filippe Bahunde, agronome à la coopérative Mikono ya Wajenzi, les solutions durables reposent sur deux axes principaux : le renforcement de la capacité des canaux d’irrigation et l’amélioration de l’accès aux crédits agricoles, deux mécanismes encore « insuffisamment développés dans la plaine de la Ruzizi ».

Les producteurs plaident pour des projets d’envergure. Buloze Esengo, riziculteur de la cité de Sange, appelle à la construction d’un barrage moderne pour garantir un approvisionnement régulier en eau. Il est convaincu qu’un tel ouvrage, couplé à un réseau de canaux bien entretenu, permettrait de stabiliser la production et de limiter les perturbations liées aux aléas climatiques. Des initiatives comme le projet TRIDE, financé par le ministère néerlandais et mis en œuvre dans les bassins versants de Runingu et Luvubu, commencent à émerger. Ce projet vise à améliorer la production agricole à travers l’aménagement de périmètres irrigués et de routes de desserte .

L’appel des agriculteurs d’Uvira est un cri d’alarme : sans un soutien décisif pour les infrastructures hydrauliques, la plaine de la Ruzizi, grenier agricole du Sud-Kivu, pourrait voir sa production s’effondrer, compromettant durablement la sécurité alimentaire de toute une région.

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