
Le village de Buhozi, dans le groupement de Mudusa, territoire de Kabare (Sud-Kivu) en RDC, vit un nouveau cauchemar géologique. Deux ans seulement après un premier effondrement dévastateur en avril 2024, le sol s’est de nouveau fissuré et effondré le 11 janvier 2026, détruisant des dizaines de maisons et forçant des familles à l’exil.
La Nouvelle Dynamique de la Société civile de Mudusa (NDSCI) alerte sur cette récidive et implore l’aide urgente des autorités et des humanitaires.
Du désastre de 2024 à l’effondrement surprise de 2026
En avril 2024, le sous-village de Cirhambi avait déjà été ravagé par un effondrement massif du sol, accompagné de fissures géantes qui avaient rendu le site inhabitable. Des maisons, toilettes et terrains cultivables s’étaient écroulés, poussant les habitants à fuir.
Malgré les avertissements, certains résidents avaient regagné la zone, estimant le danger passé. Mais le 11 janvier 2026, la nature a frappé à nouveau. Le sol s’est effondré sous leurs pieds, démolissant des habitations et contraignant les survivants à démolir eux-mêmes leurs maisons pour éviter le pire.
Selon la NDSCI Mudusa, plusieurs ménages sont sinistrés, des familles entières en exil, et le site est devenu un danger public.
« Le gouvernement sortant était informé : services compétents déployés, visite de Sa Majesté Mwami Kabare Désiré Rugemaninzi, du gouverneur et des experts de Lwiro. L’espoir était là, mais aucune aide concrète n’a suivi », déplore Elvis Cirimwami, président de la NDSCI Mudusa, dans un appel vibrant.
L’organisation exhorte le gouvernement en place, les ONG, les associations et les personnes de bonne volonté : « Ne laissez pas passer inaperçu comme en 2024 ! »

Un glissement de terrain actif, aggravé par l’homme
Toussaint Bibentyo, géologue et enseignant-chercheur à l’Université Officielle de Bukavu (UOB), a analysé le site avec les équipes du CIRiiNA-UOB et du CRCN de Lwiro. Son diagnostic est sans appel : il s’agit d’un glissement de terrain actif, en phase d’initiation et d’expansion.
– Facteurs naturels : proximité de la rivière Kamagema et de la Ruzizi, fortes précipitations, et extension d’une zone instable déjà observée à Buhozi et à Lukula (côté Ruzizi).
– Facteurs humains : déboisement massif et urbanisation anarchique, qui fragilisent les sols.
« Nos projections de 2024 prévoyaient déjà une extension de plus de 25 mètres. Ce qui arrive aujourd’hui est l’évolution normale d’un glissement non stabilisé », explique le géologue.

Ces effondrements ont comme résultat : 42 maisons touchées, routes endommagées, et impacts sur la biodiversité locale. Des conséquences humaines et sociales ont également été enregistrées : familles sans toit, traumatismes profonds. Au-delà des pertes matérielles, c’est une tragédie humaine. Des familles entières ont perdu leur logement et leurs moyens de subsistance.
« Derrière les maisons détruites, il y a des drames psychologiques et sociaux », insiste Toussaint Bibentyo.
Les habitants fuient vers des sites d’accueil précaires, aggravant la précarité dans une région déjà minée par l’insécurité.
Solutions urgentes : délocalisation et responsabilité collective
Le géologue est clair : construire sur ce site est suicidaire. Il recommande la délocalisation immédiate des populations vers des zones stables, des études géologiques systématiques avant toute implantation.
La NDSCI Mudusa renchérit : un appel à l’aide humanitaire d’urgence pour abriter, nourrir et soigner les sinistrés. Ce double effondrement à Buhozi n’est pas un accident isolé, mais un signal d’alarme pour tout le Sud-Kivu. Sans actions concrètes, d’autres villages pourraient suivre.
Patrick Mapenzi
