
À Goma, la soif nargue les habitants au bord même du Lac Kivu, immense réservoir d’eau douce. Pénuries à répétition, eau contaminée, infrastructures défaillantes : l’accès à l’eau potable reste un combat quotidien. L’activiste environnemental Katikomu John, invité de l’émission Écho de la Terre sur Beroya FM Goma 105.0 MHz, appelle à une mobilisation générale pour préserver le lac et repenser la distribution de cette ressource vitale.

Pour Katikomu John, l’eau n’est pas un simple « bien de consommation ». Elle est le régulateur thermique de la planète et le socle de toute vie. Sans eau, pas de vie possible, rappelle-t-il, en évoquant l’exemple des déserts où l’absence d’eau rime avec absence de végétation, d’animaux, d’activités humaines.
Hommes, plantes, animaux : tout est suspendu à cette ressource. À Goma, aucun ménage ne peut fonctionner sans eau, que ce soit pour cuisiner, se laver, nettoyer, ou simplement vivre dignement. Pourtant, dans la commune de Karisimbi et plusieurs autres quartiers, les robinets restent trop souvent à sec. Les habitants jonglent entre bidons, longues files d’attente et solutions de fortune.
Trois sources d’eau, mais une ville qui a soif
La ville de Goma bénéficie pourtant de trois grandes sources d’eau :
– Le Lac Kivu
– La nappe phréatique, exploitée par des forages
– Les eaux de pluie
Pour Katikomu John, ces ressources, et en particulier le Lac Kivu, devraient suffire à approvisionner toute la ville.
« Avec un lac comme le nôtre, Goma ne devrait pas manquer d’eau potable », insiste-t-il.
Le problème ne vient pas de la quantité d’eau disponible, mais de la manière dont elle est gérée, traitée et distribuée.
Par manque d’accès à une eau propre, une partie de la population se tourne vers les eaux de pluie. Mais celles-ci sont souvent chargées de poussières et de particules liées aux retombées volcaniques, ce qui augmente les risques de maladies hydriques, surtout chez les enfants.

Un lac menacé, une population en danger
Le Lac Kivu, source de vie pour Goma, est de plus en plus fragilisé. Au bord du lac, sachets plastiques, bouteilles, déchets ménagers finissent trop souvent dans l’eau. Katikomu John alerte : chaque déchet jeté dans le lac est une attaque directe contre la santé des habitants.
La pollution ne tue pas seulement les poissons ou la biodiversité aquatique. Elle remonte aussi dans les assiettes et les verres. Les habitants qui consomment l’eau du lac, directement ou après un traitement parfois insuffisant, s’exposent à des risques d’infection, de diarrhées, de parasitoses et d’autres maladies hydriques.
Comparant Goma à Bukavu, John souligne que préserver le lac est une question de survie. Là où les comportements changent, l’eau reste plus sûre, la faune est mieux protégée et les générations futures peuvent encore compter sur cette ressource.
Les éruptions volcaniques successives ont, en plus, réduit la superficie et la profondeur du Lac Kivu, accentuant la pression sur cette réserve d’eau douce. Le message de l’activiste est clair : nous ne pouvons plus nous permettre de fragiliser davantage ce qui nous fait vivre.
Des gestes simples pour se protéger au quotidien
En attendant des solutions structurelles, Katikomu John invite la population à adopter des gestes de protection sanitaire :
– Traiter l’eau puisée dans le lac avec des produits désinfectants adaptés.
– Faire bouillir l’eau lorsque c’est possible.
– Laver soigneusement les légumes et les fruits avant de les consommer.
Ces gestes ne remplacent pas un véritable service public de l’eau, mais ils peuvent réduire les risques d’intoxication et de contamination dans un contexte où les pénuries sont fréquentes.
L’activiste pointe également la responsabilité des sociétés chargées de l’approvisionnement en eau potable. Selon lui, ces entreprises doivent améliorer à la fois la qualité et la régularité du service. Il cite l’exemple de l’Égypte, qui réussit à desservir l’ensemble de son territoire grâce au Nil, malgré l’étendue des zones désertiques.
À Goma, la situation est paradoxale : un lac présent en permanence, mais des quartiers entiers qui manquent d’eau. Pour John, cela montre que le vrai problème réside dans la gestion, les infrastructures et la planification, plus que dans l’absence de ressource.

Une responsabilité partagée
La crise de l’eau à Goma touche tout le monde : familles, écoles, structures de santé, entreprises, mais aussi l’État lui-même, qui voit se dégrader les conditions de vie de sa population. Katikomu John insiste : l’eau ne peut pas être l’affaire d’un seul acteur.
– L’État doit investir dans les infrastructures, réguler les entreprises et faire respecter les normes environnementales.
– Les sociétés de distribution doivent moderniser les réseaux, réduire les coupures et garantir une eau de qualité.
– La société civile doit continuer à sensibiliser, surveiller et interpeller les autorités.
– Chaque citoyen doit protéger le lac en évitant d’y jeter des déchets et en adoptant des pratiques responsables.
Malgré la gravité de la situation, Katikomu John garde l’espoir. Il croit possible une amélioration dans les jours et années à venir, à condition de conjuguer les efforts. Pour lui, Goma a tout pour relever ce défi : une ressource naturelle exceptionnelle, une population consciente des enjeux, et une société civile engagée.
Préserver le Lac Kivu et repenser la distribution de l’eau, c’est donc plus qu’une question technique. C’est un choix de société : décider que chaque habitant de Goma a droit à une vie digne, au bord d’un lac qui ne soit pas seulement un paysage, mais une véritable source de vie.
Emmanuel Kasereka Bin Vikingi
