
À l’est de la République démocratique du Congo, les changements climatiques ne sont pas à l’origine directe des conflits armés. Toutefois, ils aggravent des fragilités déjà existantes dans une région marquée depuis plusieurs décennies par l’insécurité, les déplacements de populations et les inégalités sociales. La raréfaction des ressources naturelles, combinée à une gestion inéquitable des terres, accentue les tensions entre communautés et renforce la vulnérabilité des populations les plus pauvres.
Ces analyses ont été développées par Marie Bwami, juriste spécialisée dans les questions environnementales et les droits des femmes, lors de son passage à l’émission Invité du week-end par Environews à Kinshasa où elle loge aujourd’hui. Selon elle, la crise climatique agit aujourd’hui comme un facteur qui amplifie les déséquilibres déjà présents dans les communautés de l’est du pays.
« Au départ, ces inégalités existaient déjà et constituaient des facteurs de vulnérabilité pour certaines communautés, même si on en parlait peu. Aujourd’hui, les ressources deviennent plus rares et ceux qui détiennent le pouvoir en prennent le contrôle. Ceux qui disposent des moyens continuent de vivre convenablement, tandis que les populations pauvres souffrent davantage », explique-t-elle.
Les inégalités foncières au centre des tensions
Dans plusieurs provinces de l’est de la RDC, la question foncière reste l’un des principaux facteurs de conflit. L’accès à la terre demeure inégal, particulièrement pour les femmes, les jeunes et certaines communautés rurales.
Pour Marie Bwami, il est urgent de rétablir l’égalité devant la loi afin de garantir une meilleure gestion des terres.
« La propriété foncière est un droit fondamental pour tous : hommes, femmes, jeunes et communautés locales. Pourtant, dans la pratique, certaines personnes sont exclues ou marginalisées », souligne-t-elle.
La spécialiste rappelle néanmoins que le pays dispose désormais d’un cadre juridique plus moderne grâce à la validation, en 2021, du Document de Politique Foncière Nationale (DPFN). Cette réforme vise à promouvoir une gestion plus inclusive, équitable et durable des terres en RDC.
Dans son plaidoyer mené avec plusieurs organisations de la société civile, elle insiste sur la nécessité d’établir un lien clair entre les droits fonciers, les changements climatiques et les questions sécuritaires.
« Le changement climatique n’aura pas les mêmes conséquences sur toutes les communautés. Les effets seront plus graves pour celles qui sont déjà vulnérables ou privées d’accès équitable aux ressources », précise-t-elle.

La rareté des ressources renforce les conflits
À mesure que les ressources naturelles se raréfient, les tensions augmentent. Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la faiblesse de l’autorité de l’État favorise l’émergence d’une véritable “loi du plus fort”.
Selon les militants du mouvement citoyen Filimbi, des groupes armés se disputent le contrôle des ressources minières comme l’or, le coltan ou l’étain afin de financer leurs activités. D’autres imposent des barrières illégales pour taxer les commerçants et les agriculteurs.
Parallèlement, la pression démographique et le manque de terres cultivables poussent certains acteurs puissants milices, militaires ou élites locales à s’approprier des terres au détriment des communautés locales.
Déplacements de populations et conflits d’usage
Dans l’est de la RDC, les déplacements forcés liés aux conflits armés aggravent également la pression sur les ressources naturelles. Les populations qui fuient les violences s’installent souvent dans des zones déjà habitées, où l’accès à la terre, à l’eau ou à la pêche devient rapidement source de tensions.
Marie Bwami illustre cette situation par des exemples concrets :
« Lorsqu’une communauté se déplace vers une région où les terres sont disponibles, les ressources deviennent rapidement sursollicitées. Les populations déjà installées ne veulent pas perdre leurs espaces ou leurs moyens de subsistance. C’est ainsi que naissent les conflits liés à la concurrence pour les ressources naturelles. »
Les effets du changement climatique viennent renforcer cette situation, notamment à travers la diminution des rendements agricoles, les sécheresses, les inondations ou encore la dégradation des sols.
Des initiatives locales pour sortir de la crise
Face à cette situation complexe, certaines organisations locales tentent d’apporter des réponses durables. C’est notamment le cas de Association Communautaire pour la Conservation de la Biodiversité (ACCB), dirigée par Marie Bwami.
L’organisation travaille sur la restauration des paysages, la gestion communautaire des ressources naturelles et la création de moyens de subsistance alternatifs pour les populations locales.
L’objectif est de réduire la dépendance aux ressources surexploitées et de limiter les conflits liés à leur accès.
Cependant, les experts estiment que les initiatives communautaires, à elles seules, ne suffiront pas. Ils plaident pour une approche globale reposant sur le renforcement de l’autorité de l’État, des réformes foncières équitables, des politiques climatiques inclusives et un soutien international accru afin de stabiliser durablement l’est de la RDC.
